lundi, 16 janvier 2006

Comme deux frères

Axel Kahn, le souriant généticien best-seller et son frère Jean-François, célèbre journaliste, philosophe à ses heures et pseudo-pourfendeur full time de la sempiternelle "pensée unique" (que, paradoxalement, il incarne à merveille) dans son canard gauchisant Marianne, publient ces jours-ci un bouquin en commun intitulé logiquement "Comme deux frères".

C'est donc l'occasion rêvée pour Jean-François (en particulier) de laisser libre cours à son discours logorrhéique, laïcard, cocardier, républicain (tendance rad-soc), à l'occasion d'une tournée publicitaire qui le mène, lui et son frangin, dans la plupart des média hexagonaux.

C'est sur RMC Info que les auteurs péroraient aujourd'hui... (eh oui, j'écoute aussi RMC Info, expérience radiophonique assez unique, à base d'infos sportives exhaustives, de libre antenne démagogique et d'interviews superficielles)

Dans le colimateur de Jean-François Kahn : le libéralisme (agrémenté çà et là du préfixe ultra) qui, selon lui, parasite la politique outre-Quiévrain.

Je ne m'étendrai pas sur cette aporie selon laquelle la France serait, d'après les libéraux, une république quasi-soviétique et, aux dires des anti-libéraux, une jungle insoutenable où régnerait la loi du plus fort. Question de point de vue sans doute...

Non, laissez-moi simplement vous relater de mémoire comment le brillant journaliste explique les émeutes dans les banlieues.

Selon lui, les délinquants qui boutèrent le feu aux véhicules et aux divers équipements collectifs mettent en pratique le libéralisme, tellement omniprésent dans la société.

Les services publics dont les libéraux ne voudraient plus ? La "racaille" banlieusarde les rejette également, incendiant bus et crèches.

La privatisation de certaines portions du territoire ? Elle existe... par la grâce de ceux qui confisquent des quartiers entiers et empêchent la police d'y pénétrer !

La course frénétique à l'enrichissement que prôneraient les adeptes de la libéralisation des marchés ? Appliquée également par des dealers en tous genres qui font fortune rapidement grâce au trafic de drogue...

Le raisonnement est limpide... Si vous voulez savoir où conduirait le libéralisme en France, allez faire un tour en Seine-Saint-Denis, vous comprendrez vite.

Est-il nécessaire de contredire les délires de Jean-François Kahn, pour qui incendier le bien d'autrui serait le symptôme d'une société qui s'abandonne au libre-échange ? Faut-il lui rappeler qu'en premier lieu le libéralisme prône le respect du droit de propriété et n'implique pas l'absence de règles ?

Que les agissements d'une certaine jeunesse de banlieue s'expliquent plutôt par la disparition de l'esprit de responsabilité, le recours systématique mais vain à l'Etat et le mépris de l'individualisme qui justifient les délits de tout ceux qui ne perçoivent pas leur "dû" ?

N'ai-je pas entendu, plutôt que des appels à se retrousser les manches, des demandes impérieuses de subventions pour des associations et organismes censés sortir de l'exclusion ces victimes innoncentes, réduites à brûler des voitures que l'Etat les entende enfin ? On est loin d'un libéralisme brandi comme un étendard...     

N'en déplaise à Jean-François Kahn, la crise des banlieues trouve, à maints égards, son origine dans un manque de libéralisme; elle ne pourra être réglée que par la disparition de cet assistanat étouffant qui produit et légitime tant de frustration.

Bel exercice de caricature donc de la part du journaliste qui ne compte pas les mots "rigueur" et "honnêteté intellectuelle" à son vocabulaire...

Commentaires

Ha! je ne savais pas qu'il avait un frere celui-la...En tout cas JF, un des plus vils journalistes de la presse francaise qui n'en manque pas...

Ecrit par : mispe | mardi, 17 janvier 2006

"...Jean-François, célèbre journaliste, philosophe à ses heures et pseudo-pourfendeur full time de la sempiternelle pensée unique..."

Si le libéralisme est qualifié de "pensée unique", c'est bien parce que les anti-libéraux n'ont plus d'idées depuis la chute du fascisme et du communisme.

Sinon rappelons qu'en France, plus de la moitié de l'économie est directement ou indirectement contrôlée par l'État, État qui, par ailleurs, consomme un quart du PIB. De fait, après les pays communistes, la France est le pays dont l'économie est la plus socialiste, classé environ au quarantième rang - bonne dernière des pays développés - en ce qui concerne la liberté économique.

http://www.cato.org/pubs/efw/efw2005/efw2005-1.pdf

Ecrit par : Lucilio | mardi, 17 janvier 2006

Bravo. Brilliant !

Ecrit par : TheLifeOfBrian | mardi, 17 janvier 2006

@ TLB, un grand merci !
@ Lucilio, merci pour ces précisions et le lien vers mon officine depuis votre site; je fais de même !

Ecrit par : climax | mardi, 17 janvier 2006

Je crois surtout que Jean-François peine à faire la distinction entre "libéralisme" (la doctrine du respect des libertés et droits individuels avant l'intérêt commun) et "capitalisme" (doctrine économique basée sur la valeur perçue plutôt que sur d'autres théories de la valeur), dans sa tendance sauvage.

Le trafic de drogue est capitaliste, soit, je veux bien lui accorder. Mais l'irresponsabilité des émeutiers va à l'opposé du libéralisme, qui n'accorde de valeur à la liberté individuelle que lorsqu'elle est associée entièrement à la responsabilité individuelle.

Ecrit par : Namu | samedi, 22 avril 2006

Ecrire un commentaire