samedi, 11 février 2006
Euthanasie : la dérive
Si ce blog avait existé à l'époque, j'aurais pu y décrire le profond dégoût que m'inspire la loi votée en Belgique il y a quatre ans et dépénalisant (sous conditions) l'euthanasie.
Légiférer sur un tel sujet me paraissait (et me paraît toujours) particulièrement dangereux. Non que je sois opposé à l'euthanasie en soi mais bien à l'intervention du législateur, et ce à divers titres.
Déjà, que la loi autorise quelqu'un à mettre un terme à la vie d'un tiers me pose un gros problème, question de principe.
De plus, la loi assortit cette autorisation d'une série de formalités administratives (rédaction d'une déclaration préalable, consultation d'autres médecins,...) vérifiées après coup (c'est-à-dire après la mise à mort) par une commission d'évaluation "pluraliste" nommée par le Gouvernement.
En clair, cette commission est le fruit d'un savant équilibre à la belge entre flamands et francophones et entre socialistes, libéraux et chrétiens...
Si elle estime que toutes les formalités n'ont pas été respectées, le procureur du Roi est saisi... En d'autres termes, une euthanasie peut devenir un assassinat si tel ou tel formulaire n'a pas été complété !
Démonstration par l'absurde de l'"idéalisme juridique" d'un autre âge qui a animé les auteurs de la loi : un texte normatif pourrait soit-disant tout prévoir et tout encadrer...
L'euthanasie doit rester une affaire entre un médecin et son patient. Le praticien qui met un terme définitif aux souffrances de son malade doit prendre ses responsabilités, quitte à devoir se justifier, devant un jury d'assises le cas échéant.
Il sera acquitté s'il parvient à démontrer qu'il était en "état de nécessité", c'est-à-dire qu'entre le respect de deux valeurs (la vie - dans un état déplorable et précaire - et l'absence de souffrance - et l'abrègement de celle-ci), il a choisi, en conscience et avec son patient, la seconde.
En fait, cette loi dépénalisant l'euthanasie affiche sans complexe deux traits majeurs de notre époque : déresponsabilisation et recours systématique à l'Etat pour régler tous les problèmes.
Par ailleurs, elle est devenue le terreau qui donne des idées inquiétantes à certains de nos parlementaires.
Prenant prétexte d'une enquête ouverte sur une euthanasie pratiquée hors des conditions prévues dans la loi, deux sénatrices proposent désormais de permettre au médecin de tuer son patient même si celui-ci n'est plus conscient de sa propre personne. Une simple volonté émise même plusieurs années auparavant pourrait suffire pour commettre l'irréversible...
Mais comment être sûr qu'au seuil de la mort le malade souhaite confirmer un souhait émis alors qu'il était bien portant ? Pourquoi s'arrêter là d'ailleurs ? Autorisons la mise à mort des malades incurables !
On a la désagréable impression qu'en matière d'euthanasie comme dans bien d'autres, le législateur s'aventure à tâtons dans un endroit où il n'a rien à faire mais que, petit à petit, il s'incruste comme un vulgaire pique-assiette.
11:05 Publié dans Politique belge | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note





Commentaires
Merci pour cet éclairage... Venant d'un médecin, il est d'autant plus précieux...
Ecrit par : climax | samedi, 11 février 2006
Mutatis mutandis, c'est le même problème qu'avec l'avortement. Mais chûût, on n'a pas le droit de le dire !
Ecrit par : melodius | lundi, 13 février 2006
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