dimanche, 13 août 2006
Un stagiaire qui a tout d'un grand
Qu'il est agréable de lire la prose de ces journalistes en devenir que sont les stagiaires engagés par les rédactions pour pallier les absences estivales de leurs aînés expérimentés !
Les congés de juillet et août permettent aux talents d'éclore et aux lecteurs de rester informés.
Prenons par exemple cet article de La Libre, signé par un certain A. R., dont la qualité de stagiaire est indiquée entre parenthèses.
Le papier traite d'un de ces innombrables festivals gauchistes qui pullulent à l'arrivée des beaux jours. Il s'agit ici de "PleinOPENair".
Sur le fond, on est sur un terrain archiconnu. Les organisateurs offrent au spectateur béat une bonne dose de "rebel attitude" aux frais de la collectivité. Nihil nove sub sole.
Mais l'article de A. R. a l'avantage de cumuler tous les tics, tous les clichés et tous les travers du journaliste de base, et c'est cela qui donne un charme particulier au texte.
Lisons plutôt.
"Le 16 août débute la 9e édition du PleinOPENair. Un festival entièrement gratuit."
C'est bien ce que dit le dossier de presse du festival, mais c'est évidemment faux. Notre jeune stagiaire tombe minablement dans ce panneau dressé par les organisateurs.
En effet, il faut payer toutes ces activités et comme les promoteurs n'y vont pas de leur poche, ils se tournent vers les institutions, sponsors officiels de la conscientisation des masses.
La commune d'Ixelles, la Ville de Bruxelles, la Cocof, la Communauté française et une ribambelle d'associations elles-mêmes subsidiées ouvrent le portefeuille du contribuable pour se faire critiquer lors du festival. En effet, "jusqu'à quand les pouvoirs publics considéreront-ils que le droit à la propriété privée supplante le droit au logement ?" demande l'édito de la brochure imprimée à nos frais.
"Ou comment se réapproprier terrains vagues et espaces verts pour faire la fête."
N'espérons pas voir, sous ce cliché, un appel à l'appropriation privée des espaces publics ! Considérons simplement que A. R. a beaucoup lu la presse nationale et que, à peine digérés, il vomit ses poncifs. Faire passer un message ne peut s'envisager que par la fête, c'est chose entendue depuis un moment déjà.
"Ayant pour thème l'habitat et le logement, le festival aborde une problématique récurrente dans notre capitale belge, où la crise du logement devient épidémique.
Epidémique donc la crise du logement. J'aurais cru le contraire, à voir toutes les affiches "à louer" sur les immeubles d'habitation bruxellois. Peut-être notre ami A. R. devrait-il mettre le doigt sur les véritables problèmes du locataire potentiel : son pouvoir d'achat qui baisse constamment, une fiscalité galopante et un manque de vigueur économique dû à un étatisme paralysant.
"Quand on sait qu'il existe dans la «capitale de l'Europe» entre 15000 et 20000 logements vides alors que 30000 ménages sont toujours en attente d'un logement social... Et ceci sans compter les sans-abris et ceux qui n'ont pas le droit au logement."
Ce copier-coller éhonté de la brochure du festival met en exergue l'incompétence crasse des pouvoir publics qui, incapables de rénover le parc de logements publics, en laissent beaucoup à l'état de taudis, puis se débrouillent pour décourager les propriétaires de mettre leurs biens sur le marché à coups, notamment, de menaces à peine voilées de contrôle des loyers.
Gageons par ailleurs que la période électorale qui s'ouvre permettra de régler le problème de quelques-uns des ces 30.000 ménages en attente de logement social...
Petite remarque enfin : les sans-abris disposent bel et bien du droit au logement. Du moins, c'est ce que dit l'article 23 de la Constitution. Cette disposition est évidemment impossible à mettre en oeuvre, c'est tant mieux d'ailleurs et ça démontre son absurdité, mais c'est un autre débat.
"Mais si sa problématique est sérieuse, le pleinOPENair garde son côté festif et propose une série de films, concerts et autres activités «utiles», le tout pour... rien du tout! Festival gratuit, chose rare aujourd'hui, l'équipe du Cinéma Nova montre ici son ouverture au plus grand nombre."
La persistance dans l'erreur devient gênante.
«Main basse sur la ville» de Francesco Rosi fera l'ouverture des séances en plein air le 18 août sur le site de la Toison d'or. Ce film ouvertement politique et sans concession «dresse un constat implacable sur l'urbanisme, le clientélisme et la collusion entre le monde des affaires et celui des politiques»
Chouette, un film sur le PS ! Pas de chance, le film concerne "l'Italie des années 60"... L'année prochaine peut-être ?
"Les Xtra Systols squatteront le Parc de la Porte de Hal pour une rencontre déglinguée de synthétiseur analogique, congas, timbales, guitare démantibulée et basse disco."
En d'autres termes, squatter, c'est festif, c'est bien, la propriété, c'est ringard, c'est mal; la cacophonie c'est moderne, l'harmonie, c'est fasciste.
Félicitons donc ce stagiaire qui, en quelques lignes, est parvenu à décrire notre époque telle qu'elle est : festive, courtisane, panurgique et férue de création sémantique.
A. R., futur rédacteur en chef de La Libre ?
23:15 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note





Commentaires
Ben oui que veux-tu ? Ils sortent d'un moule. Un ami, prof d'économie dans une des plus grandes universités de notre pays m'expliquait encore récemment, que tous les nouveaux profs sont des gauchistes. Ca fait désordre, surtout lorsqu'il 'agit d'une faculté de gestion !
Ecrit par : TheLifeOfBrian | lundi, 14 août 2006
Hé oui, pourquoi encore acheter "Le Soir" si c'est pour y lire les plagiats de textes à l'eau de rose trouvés dans des gratuits toutes-boîtes ?
Ecrit par : Thierry | lundi, 14 août 2006
Heureusement il reste les blogues ... et la Tribune de Bruxelles.
Ecrit par : Ostrogods | lundi, 14 août 2006
Envoie lui ton avis... histoire qu'il se rende compte deson erreur. llb.bruxelles@saipm.com...je pense que cela doit être bon ;-)
Ecrit par : Mateusz | lundi, 14 août 2006
Le plus petit commun dénominateur du mal qui nous ronge et qui engloutit notre pays est… est… vous l’avez deviné…le socialisme
Ecrit par : Arthurius | lundi, 14 août 2006
Pffftttt... Matteusz... Comme si tu n'avais jamais écrit PIRE...
Ecrit par : SC | mardi, 15 août 2006
C'est vrai que le récent article de Mateusz sur le conflit entre Dorah Ilunga et ses ex-locataires (voir stjosnews.blogspot.com) est pour le moins partial et mal informé: ce n'est pas parce que Thierry Balsat s'en est mêlé qu'il faut automatiquement prendre le contrepied de sa version des faits sans même prendre la peine d'aller vérifier sur place...
Ecrit par : Frédéric Jottrand | mardi, 15 août 2006
Tiens Climax, tu devrais te régaler à la lecture de l'interview-joker de Carlo Di Antonio, dans le Pan.
Il nous apprend entre autres qu'en tant qu'organisateur du festival de Dour, il bénéficie, en plus de ses 2.500 euros nets par mois, d'une voiture de fonction avec chauffeur... comme ses collaborateurs, précise-t-il.
Tout cela pour organiser dans les meilleures conditions le Dour Festival : 4 jours de concert par an... financés (en partie, soyons corrects) par le contribuable.
http://www.lepan.be/?p=381#more-381
Ecrit par : ludovic | mercredi, 16 août 2006
@ Ludovic : en plus, Di Antonio se vante de faire du bénéfice ! Pourquoi a-t-il encore besoin de l'argent du contribuable alors ??
J'en avais déjà dit un mot il y a un an : http://climax.hautetfort.com/archive/2005/07/19/festival_de_dour_succes_tous_azimuts.html
Ecrit par : climax | mercredi, 16 août 2006
Bon, ça m'a énervé cette interview, j'en ai fait un billet ;-)
Ecrit par : climax | mercredi, 16 août 2006
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