mercredi, 04 octobre 2006
Sam Touzani, un moraliste du XXIème siècle, un citoyen
Sam Touzani, le comédien engagé à gôche, sponsorisé entre autres par la Cocof, a réussi brillamment à faire parler de lui ce week-end puisqu'il présentait le concert bruxellois 0110.
Profitant de cette médiatisation bienvenue, il assure dans La Libre la promotion de son nouveau spectacle intitulé "Liberté, égalité, sexualité".
Ce faisant, il se répand en formules lapidaires, jeux de mots vaseux, credos consensuels et se pose en incarnation vivante de la tolérance chantée ce dimanche. Pour le journaliste chargé de recueillir les pensées du maître, cela suffit d'ailleurs à qualifier son art de "politiquement incorrect", alors qu'il n'est que la somme de poncifs bobos ânonnés par tous les médias.
Mais l'entretien contient aussi quelques perles dignes d'un Albert Jacquard de compétition.
Ainsi, répondant à une question à peine orientée ("N'est-ce pas plutôt la société capitaliste ambiante qui est devenue hautement sexualisée ?"), il relève, sans malheureusement beaucoup développer ce point de vue troublant, que "le capitalisme sauvage rejoint souvent le fondamentalisme".
En outre, "tout est aujourd'hui sexe et utilisation de l'image de la femme dans un but marchand", c'est patent.
Sam Touzani nous délivre aussi une vision personnelle de la science statistique : "Savez-vous qu'en France, la deuxième cause du suicide des jeunes est de ne pas avoir su parler de cela (càd la sexualité) avec leurs parents ?"
Comment connaître avec certitude la cause (qu'elle soit la première, la quatrième ou la dix-septième) d'un suicide (a fortiori s'il est réussi) ? Sam dispose-t-il de données sur le sujet ?
Mais la raison de ce mal-être saute aux yeux de notre Jacques Salomé d'opérette : "On a libéré le marché de la sexualité mais sans apprendre à communiquer".
Sam Touzani sait aussi ne pas oublier qui lui permet de vivre confortablement. Ainsi, il manie opportunément la brosse à reluire pour chanter les louanges de la Ministre de la Culture, se réjouissant qu'une femme d'origine maghrébine, Fadila Laannan, soit parvenue à ce poste à responsabilité.
Tiens, puisqu'on parlait de communication, le comédien "qui pense au pluriel" en use avec talent puisqu'il s'attribue sans vergogne l'esprit des concerts 0110 de dimanche : "Comment ne pas me réjouir de ces concerts du 0110 sur la place des Palais à Bruxelles. C'était comme l'aboutissement de tous mes combats, de toute ma militance".
Récupération, quand tu nous tiens...
23:10 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
vendredi, 18 août 2006
Dîner sur l'herbe : après la fête
Envoyés spéciaux sur la Grand-Place hier soir, pour témoigner du pique-nique de la vanité, Thierry et votre serviteur ont pu se rendre compte que le billet qu'ils avaient consacré à l'affaire était bien en-dessous de la réalité.
Qu'a-t-on vu ?
- Divers mannequins boudeurs et péteux errant dans les galeries Saint-Hubert, escortés par des artistes perchés sur des échasses et des comédiens horriblement grimés, qui finissent leur promenade vespérale échoués sur du faux gazon au milieu de la Grand-Place.
- Des mets fins et du vin pétillant disposés sur ce même ersatz végétal, auxquels les acteurs de cette mise en scène macabre touchent à peine.
- Des people sordides, tout de blanc vêtus, transférés du boulevard Reyers vers le centre-ville et conduits vers le lieu des festivités sous les yeux médusés d'un public tenu à l'écart.
- Toujours au rayon célébrités, les artistes familiers de la réjouissance subsidiée (Marka, Axelle Red précédée par ses lèvres, pas Mousta Largo tiens) se forçaient de sourire, pensant à leur futur contrat avec le secteur public.
- Le public, à présent... Deux rangées de barrières, entre lesquelles des cerbères culturistes montaient la garde, le séparaient de l'Olympe, où les dieux de la mode et des médias dégustaient leur ambroisie et leur nectar. Quelques huées tout de même de la part de la plèbe, consternée par le concept de la soirée.
- D'autres personnalités, refusant de frayer avec le peuple, avaient pris de la hauteur et contemplaient, un toast au foie gras à la main, ce triste spectacle depuis le premier étage d'un restaurant fameux.
- Et bien sûr des politiques ! Benoît Cerexhe, qui semblait, on le comprend, un peu gêné d'avoir été embarqué dans cette galère immaculée; Marie Arena, très à l'aise le cul à terre et, bien sûr, Henri Simons se pavanant, papillonnant de groupe en groupe, filmé par une caméra de compétition qui retransmettait sa bobine réjouie sur écran géant.
- Et les pommes ? Quelques palettes à peine, rapidement vidées de leur contenu par des jobistes en t-shirt griffé.
En guise de conclusion, je remettrai les prix suivants :
- Grand prix du tragique citoyen : à tous les anonymes qui se sont rendus tout en blanc sur la Grand-Place dans l'espoir (déçu) d'être conviés aux agapes;
- Prix spécial du pathétique médiatique : à Thomas Van Hamme qui a soigné sa popularité en abandonnant à la foule, tel un seigneur, une grappe de raisins...
11:30 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note
jeudi, 17 août 2006
Dîner sur l'herbe
Tandis que le gommage des différences (sexuelles, sociales, intellectuelles) est devenu le dessein essentiel de l'Etat égalitariste, une distinction subsiste coûte que coûte : celle qui existe entre les pouvoirs publics et le vulgum pecus.
D'un côté en effet les multiples gouvernements, parlementaires, administrations du pays, chargés "de faire le bien des gens malgré eux", de l'autre les péquenots, transformés en oisillons affamés, à l'affût d'avantages distribués au compte-goutte par l'Etat nourricier.
Cette summa divisio, qui structure plus que jamais notre société, est maquillée, voire niée, grâce à des invocations itératives, des mantra rituels qui convoquent la démocratie représentative à tours de bras.
Mais de temps en temps, les masques tombent avec fracas et nos élites étalent leur vanité à la vue de tous.
Exemple frappant : le pique-nique organisé ce soir sur la Grand-Place de Bruxelles par l'asbl Modo Bruxellae en vue de promouvoir la mode de chez nous.
"A 20h, les 250 convives, tout de blanc vêtus, sortent des coulisses. Ils empruntent un chemin bucolique depuis les Galeries royales St-Hubert pour rejoindre le gazon de la Grand-Place. Des nappes blanches sont étendues. Autour d'elles, des créateurs, leurs mannequins et des personnalités bruxelloises invitées prennent la pose, le temps d'un dîner sur l'herbe".
Le derrière confortablement posé sur l'herbe, les zartistes, entourés de "personnalités bruxelloises" (ça ne m'étonnerait pas que ces personnalités soient candidates aux prochaines communales...), ripailleront donc sous les yeux du peuple, prudemment tenu à l'écart.
Notons cependant que le calme de la foule sera acheté grâce à une distribution de... pommes.
Pourquoi dès lors ne pas égayer la soirée par un lancer de trognons festif et citoyen ?
NB. Thierry sur le même sujet
15:00 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
mercredi, 16 août 2006
Carlo, son festival et sa voiture orange
Interview hautement instructive que m'indique Ludovic.
Il s'agit de celle qu'a accordée à Pan Carlo Di Antonio, organisateur du Festival de Dour et député régional CdH.
Entre autres fadaises sur la démocratisation de la culture et l'accès de tous à celle-ci (qui ne sont, pour ces Frankenstein déguisés en politiciens, que des prétextes fallacieux pour façonner, dans leur laboratoire démocratique, un troupeau de citoyens domestiqués et dépendants), on apprend que le grand manitou du rock alternatif subsidié est rémunéré à hauteur de 2.500 € par mois, "avec des avantages comme une voiture de société, ainsi que pour [ses] collaborateurs".
"Avantages" qui s'ajoutent bien sûr à ceux perçus grâce au mandat parlementaire dont jouit M. Di Antonio.
Le contribuable sera donc ravi d'apprendre que son argent a permis de financer notamment la "voiture orange" du personnage.
Mais il y a plus étonnant...
En effet, les subsides servent en principe à donner un coup de pouce à l'organisateur, à permettre la tenue d'une manifestation, mais ne peuvent pas conduire à l'enrichissement du bénéficiaire.
Or, il semble que tel est bien le cas dans le chef de M. Antonio puisque, nous apprend-il, "la société Dour festival fait environ entre 100 et 150 000 € de bénéfices par édition actuellement".
On ne peut donc que s'interroger sur la pertinence de ce subside (plus de 50.000 € tout de même, puisque la somme a été doublée cette année), qui représente à lui seul jusqu'à la moitié du bénéfice de la société coopérative de M. Di Antonio...
12:14 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
dimanche, 13 août 2006
Un stagiaire qui a tout d'un grand
Qu'il est agréable de lire la prose de ces journalistes en devenir que sont les stagiaires engagés par les rédactions pour pallier les absences estivales de leurs aînés expérimentés !
Les congés de juillet et août permettent aux talents d'éclore et aux lecteurs de rester informés.
Prenons par exemple cet article de La Libre, signé par un certain A. R., dont la qualité de stagiaire est indiquée entre parenthèses.
Le papier traite d'un de ces innombrables festivals gauchistes qui pullulent à l'arrivée des beaux jours. Il s'agit ici de "PleinOPENair".
Sur le fond, on est sur un terrain archiconnu. Les organisateurs offrent au spectateur béat une bonne dose de "rebel attitude" aux frais de la collectivité. Nihil nove sub sole.
Mais l'article de A. R. a l'avantage de cumuler tous les tics, tous les clichés et tous les travers du journaliste de base, et c'est cela qui donne un charme particulier au texte.
Lisons plutôt.
"Le 16 août débute la 9e édition du PleinOPENair. Un festival entièrement gratuit."
C'est bien ce que dit le dossier de presse du festival, mais c'est évidemment faux. Notre jeune stagiaire tombe minablement dans ce panneau dressé par les organisateurs.
En effet, il faut payer toutes ces activités et comme les promoteurs n'y vont pas de leur poche, ils se tournent vers les institutions, sponsors officiels de la conscientisation des masses.
La commune d'Ixelles, la Ville de Bruxelles, la Cocof, la Communauté française et une ribambelle d'associations elles-mêmes subsidiées ouvrent le portefeuille du contribuable pour se faire critiquer lors du festival. En effet, "jusqu'à quand les pouvoirs publics considéreront-ils que le droit à la propriété privée supplante le droit au logement ?" demande l'édito de la brochure imprimée à nos frais.
"Ou comment se réapproprier terrains vagues et espaces verts pour faire la fête."
N'espérons pas voir, sous ce cliché, un appel à l'appropriation privée des espaces publics ! Considérons simplement que A. R. a beaucoup lu la presse nationale et que, à peine digérés, il vomit ses poncifs. Faire passer un message ne peut s'envisager que par la fête, c'est chose entendue depuis un moment déjà.
"Ayant pour thème l'habitat et le logement, le festival aborde une problématique récurrente dans notre capitale belge, où la crise du logement devient épidémique.
Epidémique donc la crise du logement. J'aurais cru le contraire, à voir toutes les affiches "à louer" sur les immeubles d'habitation bruxellois. Peut-être notre ami A. R. devrait-il mettre le doigt sur les véritables problèmes du locataire potentiel : son pouvoir d'achat qui baisse constamment, une fiscalité galopante et un manque de vigueur économique dû à un étatisme paralysant.
"Quand on sait qu'il existe dans la «capitale de l'Europe» entre 15000 et 20000 logements vides alors que 30000 ménages sont toujours en attente d'un logement social... Et ceci sans compter les sans-abris et ceux qui n'ont pas le droit au logement."
Ce copier-coller éhonté de la brochure du festival met en exergue l'incompétence crasse des pouvoir publics qui, incapables de rénover le parc de logements publics, en laissent beaucoup à l'état de taudis, puis se débrouillent pour décourager les propriétaires de mettre leurs biens sur le marché à coups, notamment, de menaces à peine voilées de contrôle des loyers.
Gageons par ailleurs que la période électorale qui s'ouvre permettra de régler le problème de quelques-uns des ces 30.000 ménages en attente de logement social...
Petite remarque enfin : les sans-abris disposent bel et bien du droit au logement. Du moins, c'est ce que dit l'article 23 de la Constitution. Cette disposition est évidemment impossible à mettre en oeuvre, c'est tant mieux d'ailleurs et ça démontre son absurdité, mais c'est un autre débat.
"Mais si sa problématique est sérieuse, le pleinOPENair garde son côté festif et propose une série de films, concerts et autres activités «utiles», le tout pour... rien du tout! Festival gratuit, chose rare aujourd'hui, l'équipe du Cinéma Nova montre ici son ouverture au plus grand nombre."
La persistance dans l'erreur devient gênante.
«Main basse sur la ville» de Francesco Rosi fera l'ouverture des séances en plein air le 18 août sur le site de la Toison d'or. Ce film ouvertement politique et sans concession «dresse un constat implacable sur l'urbanisme, le clientélisme et la collusion entre le monde des affaires et celui des politiques»
Chouette, un film sur le PS ! Pas de chance, le film concerne "l'Italie des années 60"... L'année prochaine peut-être ?
"Les Xtra Systols squatteront le Parc de la Porte de Hal pour une rencontre déglinguée de synthétiseur analogique, congas, timbales, guitare démantibulée et basse disco."
En d'autres termes, squatter, c'est festif, c'est bien, la propriété, c'est ringard, c'est mal; la cacophonie c'est moderne, l'harmonie, c'est fasciste.
Félicitons donc ce stagiaire qui, en quelques lignes, est parvenu à décrire notre époque telle qu'elle est : festive, courtisane, panurgique et férue de création sémantique.
A. R., futur rédacteur en chef de La Libre ?
23:15 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
jeudi, 10 août 2006
Comment faire d'un match de foot une orgie citoyenne
Il y a quelques jours, des personnes défavorisées ont joué au mini-foot dans le parc du parvis de Saint-Gilles.
Le Soir a cru utile dans son édition de mardi de transformer en information ce fait anodin et de lui donner du sens.
Etudions comment un journaliste chevronné s'y prend pour faire de ces simples joueurs des exemples émouvants et héroïques de la rédemption assistée.
"Donner une autre image de ceux qui ont décroché. Rendre aux sans-abri leur fierté et un esprit d'équipe. Simplement..."
En journalisme comme en littérature, tout n'est finalement qu'une question de style. Ces deux infinitifs qui inaugurent chacun une phrase plantent le décor : nous sommes dans l'évidence solenelle.
Il s'agit par ce biais astucieux de nous faire avaler qu'un bête match donnera une autre image du SDF-joueur et lui rendra sa fierté.
Quant à l'adverbe qui termine le chapeau de l'article, il donne un côté attendrissant à l'entreprise, aspect nettement rehaussé par de touchants points de supension.
"L'année prochaine, il faudra nous prévoir pompons et minijupes. Pour que nous soyons de vraies supportrices... » « J'espère que tu ne seras plus là, que tu auras trouvé un appartement."
L'article commence vraiment par ce double témoignage en contrepoint : d'une part l'humour cruel, d'autre part, la réalité, toujours aux aguets. Les SDF sont dans la mouise, veulent s'en sortir et gardent l'envie de rigoler d'eux-mêmes. Une leçon de vie poignante, à suivre par tous les lecteurs.
« L'idée de ces rencontres est venue de notre centre d'accueil de jour, explique Abou Sarr, initiateur de ce mini-tournoi. Le sport est un moyen idéal pour les sortir de la morosité, du repli sur soi, de l'alcool ou de la drogue. » « Je trouve cela extraordinaire, s'illumine Murat Karacaoglu, responsable du Clos Sainte-Thérèse."
On comprend maintenant pourquoi ces matches font l'objet d'un article : ils ont été organisés par un bidule public. Si, de leur propre initiative, les SDF s'étaient mis à jouer au foot, personne n'en aurait parlé, aucun journaliste n'aurait relayé l'événement. D'ailleurs, pourraient-ils recouvrer leur fierté sans les organisateurs ?
Notons aussi que le sport guérit de l'alcoolisme... Une certaine expérience des troisièmes mi-temps et la vision du supporter de base gonflé de bière me font plutôt penser le contraire.
"Mimoun est venu les soutenir. Ce Marocain d'une soixantaine d'années a perdu les pédales il y a quelques années après avoir perdu ses parents et sa femme dans un accident de la route. « C'est un combat de nous tous pour ne pas être dans la rue, ne pas être ignoré. Pour mettre fin à notre galère. Unis, nous pouvons tendre la main vers l'espoir, chercher un travail, un logement, retrouver le goût de vivre. »
Il semble que Mimoun fréquente trop les responsables du centre de jour à l'initiative du tournoi. Qui d'autre aurait pu lui bourrer à ce point le crâne et lui faire croire qu'un match de foot sera la clé vers le travail et le logement ?
Par ailleurs, qui lui a soufflé cette expression creuse : "tendre la main vers l'espoir" ? Un journaliste en mal de formules passe-partout ? Dénonçons les apôtres du slogan emphatique !
"De la solidarité, de l'amitié en plus de la passion, du rythme et des buts : un match de foot prend une autre dimension lorsqu'il oppose deux équipes de sans-abri."
Sport = solidarité + amitié + passion. La légende la photo nous délivre avec aplomb cette équation sans inconnue qui rappelle les tirades habituelles sur la prétendue éthique du sport.
L'activité physique, en soi, n'a rien à voir avec la solidarité, encore moins avec la passion ou l'amitié. Au contraire, pratiqué en compétition, le sport a tendance à s'opposer à ces valeurs. Il n'a pas la vocation pédagogique ou édificatrice que lui prête l'article.
En réalité, les organisateurs ont mis sur pied un passe-temps comme un autre, qu'ils ont travesti en activité citoyenne et nécessaire à la réinsertion.
Un journaliste habile, fin styliste, légitime l'opération. Une petite manipulation estivale sans gravité aucune...
16:30 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note
mardi, 01 août 2006
L'Atomium sans subsides ?
Est-il possible d'évoluer dans le milieu socio-cultureux bruxellois et de garder une certaine indépendance d'esprit ?
A priori, on pourrait le croire, à lire une déclaration inhabituelle dans la bouche d'un acteur culturel; elle émane de Diane Hennebert, directrice de l'asbl Atomium, qui gère les célèbres boules en inox.
Dans La Libre Entreprise de ce week-end, elle s'exprime en effet ainsi : "Les lieux culturels doivent garder une autonomie de gestion par rapport au politique. A la limite, mieux vaut ne pas avoir de subsides".
Dommage cependant que ce principe plein de bon sens ne soit pas d'application à son association...
Contrairement à ce qu'affirment l'article visé ci-dessus et Mme Hennebert dans un article du Journal du Mardi, l'asbl Atomium est bel et bien subsidiée, notamment via Beliris (soit l'accord de coopération entre Bruxelles et le fédéral, qui vise à encourager le rôle de capitale de la ville), le Gouvernement bruxellois et la Ville de Bruxelles.
Les statuts de l'association (article 33) prévoient d'ailleurs expressément la possibilité de "solliciter et de percevoir des subsides".
Qu'il s'agisse de subsides d'investissement et non de fonctionnement (pour autant que la nuance ait un sens) ne change rien à l'affaire : l'Atomium existe grâce à la générosité contrainte du contribuable.
Bref, faites ce que je dis, pas ce que je fais !
12:03 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (25) | Envoyer cette note
mercredi, 12 juillet 2006
Télé magouilles
Celle-là, c'est la meilleure de la journée !
La Dernière Heure nous apprend que Télé-Bruxelles, notre télévision citoyenne régionale favorite, chantre de la solidarité, jamais en retard pour une leçon de morale, serait atteinte du virus de la corruption et du favoritisme...
Le directeur général du bidule aurait en effet gonflé des notes de frais, piqué dans la caisse et attribué des contrats de production à son épouse.
Pour un personnage qui perçoit, selon l'article, 10.500 € par mois, ça fait désordre...
Le pire ? Je ne suis même pas étonné de l'apprendre !
UPDATE : Pas un mot bien sûr de cette histoire hier soir lors du publi-reportage pro-gouvernemental qui sert de journal à la chaîne... Aujourd'hui, l'information est relayée par Le Soir et brusselnieuws.be.
13:05 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
lundi, 10 juillet 2006
Promenons-nous sur Rosa Luxemburg
Le choix d'un nom de rue, d'avenue ou d'allée n'est jamais innocent dans le chef des pouvoirs publics.
Il s'agit de mettre à l'honneur un personnage et ce qu'il représente, voire de s'approprier l'aura d'une célébrité quelconque.
A cet égard, notre ami Henri Simons, échevin e. a. de la culture et de l'urbanisme à Bruxelles-Ville, frappe à nouveau un grand coup : il a baptisé la vaste allée centrale reliant la place Rouppe à la Gare du Midi du nom de Rosa Luxemburg.
Cette dernière a tout de la communiste qu'il est permis d'admirer. Pacifiste, parfois critique à l'égard du bolchevisme, dotée d'un indéniable courage, elle conserve une image romantique qui titille le gauchiste... et le collège échevinal de Bruxelles-Ville.
La DH voit d'ailleurs en elle une simple "résistante" (sic - bravo pour cet accès de révisionnisme, recopié probablement du dossier de presse).
En réalité, la principale qualité de Rosa Luxemburg est d'avoir disparu assez tôt (assassinée d'ailleurs par ses anciens camarades sociaux-démocrates).
Son "oeuvre" a contribué, comme celle de Marx, Engels, Lénine, Trotsky et compagnie, à forger la pire idéologie qui soit, le socialisme révolutionnaire, responsable directement de la mort de 100 millions d'être humains.
Alors que le fléau communiste continue de faire des ravages en Corée du Nord, à Cuba et ailleurs, il aura fallu qu'Henri Simons glorifie l'une de ses inspiratrices.
Maigre consolation : le promeneur pourra piétiner l'endroit qui porte ce nom de sinistre mémoire.
19:45 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (45) | Envoyer cette note
jeudi, 29 juin 2006
Georges Dumortier connaît bien la musique
Le fonctionnaire cultureux n'a plus besoin d'être caricaturé... Georges Dumortier en est l'incarnation absolue, tant il réunit tous les traits propres à cette corporation, si bien représentée au sein de l'Etat culturel.
Tout d'abord, Georges Dumortier cumule. Directeur du Botanique jusqu'il y a peu, il est aussi secrétaire général d'une autre institution essentielle à la cohésion sociale, le Conseil de la Musique.
Ce bidule est chargé, depuis plus de vingt ans, de gaspiller l'argent du contribuable pour organiser la célébration cacophonique, obligatoire et estivale connue sous le nom de Fête de la Musique.
Rajoutez à cela quelques mandats dans le secteur (au conseil d'administration d'Ars Musica ou au Théâtre de la Monnaie, ou encore à la présidence du méconnu Centre des Ecritures Dramatiques en Communauté française de Belgique, par exemple), voilà de quoi assurer à notre ami des fins de mois confortables...
Georges Dumortier est aussi pistonné, cela va sans dire. Militant socialiste, il a beaucoup donné au parti, se dévouant aussi pour plusieurs personnalités collectivistes, et le PS le lui a bien rendu...
Mais Georges Dumortier pontifie également. La culture en général et la musique en particulier semblent inspirer aux parasites qui vivent de subventions des formules creuses et emphatiques qui n'ont pour autre objectif que de justifier pompeusement les prébendes qui leur sont versées.
Lisons, par exemple, les délires du personnage, chantant, lors d'un séminaire européen de haut vol, les louanges du "syncrétisme culturel rassembleur", vantant la Charte européenne de la Fête de la Musique, qui doit oeuvrer pour "la participation spontanée et la gratuité des manifestations, qui est hautement symbolique"...
Enfin, last but not least, Georges Dumortier pique dans la caisse.
La presse a en effet révélé divers problèmes relatifs aux notes de frais de l'éminent personnage...
En 2005, il aurait dépensé 35.000 € de frais de restaurant, avec des factures déposées pour le même jour dans des établissements différents; des frais de déplacement sont remboursés deux fois et des factures Coditel privées sont prises en charge par le contribuable.
Plus comique encore, la fête d'anniversaire de Dumortier, elle aussi payée par le citoyen, dont coût : plus de 6000 €. Notons qu'une bonne part du vin commandé a été livrée au domicile du fonctionnaire, le solde étant réservé aux 120 invités conviés à une fiesta mémorable et arrosée au Botanique.
Pas de doute, Georges Dumortier est bien à l'image de la culture francophone : fonctionnarisée, socialiste, ruineuse mais tellement festive...
19:25 Publié dans Culture citoyenne et subventionnée | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note




